07-08-2026

Pixels de suivi email

Ce que la recommandation CNIL change pour vos campagnes

  • Conformité
Pixels de suivi email

Le pixel de suivi, cette image qui en dit long sur vos destinataires

Quand vous envoyez un email marketing, l’outil que vous utilisez (Brevo, Mailchimp ou un autre) y insère souvent une image invisible d’un pixel, hébergée sur un serveur distant avec une adresse unique par destinataire. À l’ouverture, le client de messagerie charge cette image sans action du lecteur. Le serveur enregistre alors l’ouverture, sa date, son heure, parfois le type d’appareil utilisé.

C’est une mécanique utile : elle permet de savoir si une campagne fonctionne, d’identifier les contacts engagés, d’ajuster une stratégie de relance. Le problème n’est pas l’outil, c’est l’absence de consentement qui l’a longtemps accompagné.

Ce que la recommandation CNIL impose depuis le 14 juillet 2026

Le 14 avril 2026, la CNIL a publié une recommandation qui aligne le régime du pixel de suivi email sur celui des cookies, au titre de l’article 82 de la loi Informatique et Libertés. Mesurer l’ouverture d’un email pour piloter une campagne, déclencher une relance selon le comportement du destinataire ou personnaliser un contenu nécessite désormais un consentement préalable, explicite et distinct de celui donné pour recevoir l’email.

Recevoir une newsletter ne signifie pas accepter d’être suivi à l’ouverture. Ce sont deux finalités différentes, qui appellent en principe deux accords différents.

La CNIL a accordé trois mois aux entreprises pour informer leurs bases existantes et leur permettre de s’opposer au suivi. Ce délai s’est achevé le 14 juillet 2026. Des contrôles sont annoncés depuis cette date.

Une exception reste ouverte, à conditions strictes : mesurer si un email est bien arrivé, ou nettoyer une base d’adresses inactives, ne nécessite pas de consentement. C’est la seule utilisation du pixel qui reste libre.

Résultat : ce n’est pas l’outil qui décide si vous êtes concerné, c’est l’usage réel que vous faites du pixel.

Pourquoi cette contrainte sert aussi votre marque ?

Un consentement clair sur le suivi, c’est une information de plus donnée à vos contacts sur ce que vous faites de leurs données. Les entreprises qui jouent cette transparence renforcent la confiance de leur audience, au même titre qu’un bandeau cookie bien conçu améliore la perception d’un site plutôt que de la dégrader.

C’est aussi l’occasion de nettoyer vos pratiques de tracking : garder uniquement les usages qui servent réellement vos campagnes, documenter vos finalités, et éviter les automatisations activées par défaut sans réflexion.

Résultat : la mise en conformité n’est pas qu’une contrainte, c’est une occasion de clarifier ce que vous mesurez et pourquoi.

Ce que ça change concrètement, quel que soit votre outil d’envoi

Brevo, Mailchimp, Mailjet, HubSpot, ActiveCampaign, Klaviyo : chaque outil gère le pixel à sa manière. Plutôt qu’une liste qui s’allonge à chaque nouvel outil, voici les 4 niveaux dans lesquels ils se rangent tous. 

Niveau 1 – Consentement natif par contact

L’outil propose un statut de consentement géré contact par contact. C’est le cas de Brevo. Il suffit de l’activer et de vérifier qu’il est bien renseigné.

Niveau 2 – Réglage global, sans détail par contact

L’outil permet d’activer, désactiver ou anonymiser le suivi, mais seulement pour l’ensemble du compte. C’est le cas de Mailjet. Le consentement par contact doit être construit à côté, via un formulaire dédié.

Niveau 3 – Aucun dispositif dédié

Le pixel est actif par défaut, sans réglage fin ni champ de consentement. C’est le cas de Mailchimp en configuration standard. Tout le dispositif est à construire de l’extérieur.

Niveau 4 – Serveur interne, par de pixel

Envoi via votre propre SMTP, sans outil tiers. Pas d’exposition, sauf si un tracking spécifique a été développé pour vous.

Un exemple concret

Cas pratique
Une boutique en ligne envoie sa newsletter produit via Mailchimp. Le pixel mesure les ouvertures pour déclencher automatiquement un email de relance chez les contacts qui n’ouvrent jamais leurs messages. Cette relance automatique est une finalité marketing du pixel : elle nécessite un consentement.

Avant juillet 2026
Le pixel est actif pour tous les contacts, sans distinction, sans information particulière sur son usage.

Depuis juillet 2026
Une case de consentement dédiée est ajoutée au formulaire d’inscription. Les contacts existants reçoivent une information claire avec un lien pour désactiver le suivi, sans se désabonner de la newsletter.

Questions fréquentes

Un pixel de suivi dans un email nécessite-t-il toujours un consentement ?

Non. Seuls les usages marketing du pixel (mesure d’audience, relance, personnalisation, scoring) nécessitent un consentement. Mesurer la délivrabilité d’un email ou nettoyer une base d’inactifs reste possible sans consentement, sous conditions strictes.

Le désabonnement à ma newsletter suffit-il à retirer le consentement au suivi ?

Non. Ce sont deux consentements distincts. Un contact peut continuer à recevoir vos emails tout en refusant d’être suivi à l’ouverture. Le moyen de retrait doit être aussi simple que le désabonnement, mais séparé de lui.

Comment distinguer, dans la pratique, un usage «marketing» du pixel de suivi d’un usage «technique» exempt de consentement ?

Un usage marketing sert à suivre le comportement ou à agir dessus : mesure d’audience, segmentation, relances, adaptation, scoring. Un usage technique sert seulement au bon envoi.

Il peut vérifier qu’un message arrive bien ou repérer des adresses inactives pour l’hygiène de base.

Si l’info déclenche une action marketing, comme une relance auto ou du scoring, c’est marketing. Il faut alors un consentement distinct.

Si elle sert seulement à fiabiliser l’envoi ou à nettoyer la base, elle peut être utilisée sans consentement, sous conditions strictes du RGPD.

Utiliser Brevo, Mailchimp, Mailjet ou un autre outil me décharge-t-il de la responsabilité ?

Non. La CNIL considère l’expéditeur comme responsable de traitement, même quand l’outil d’emailing pose techniquement le pixel. L’outil est votre sous-traitant, pas votre décideur en matière de conformité.

Faut-il recueillir un nouveau consentement si mes abonnés avaient déjà accepté de recevoir la newsletter ?

Oui, si vous utilisez le pixel de suivi à des fins marketing. La réception d’une newsletter et le suivi d’ouverture sont deux buts différents. Le consentement email donné pour l’envoi ne couvre pas le suivi.

Depuis juillet 2026, un consentement préalable, clair et séparé est requis pour mesurer les ouvertures à des fins marketing, adapter ou déclencher des relances.

Comment gérer le retrait du consentement au suivi sans désabonner la personne ?

Offrez un moyen dédié, aussi simple qu’un lien de retrait, mais séparé. Par exemple, ajoutez dans vos emails un lien Gérer le suivi pour activer ou couper le suivi d’ouverture.

Dans vos formulaires, prévoyez une case distincte pour le suivi marketing. Un contact doit pouvoir continuer à recevoir vos emails même s’il refuse le suivi.

Que faire si mon outil ne propose pas de gestion de consentement par contact (ex. Mailjet ou Mailchimp standard) ?

Mettez la collecte et le stockage du consentement à côté du pixel de suivi. Créez un champ de consentement dans votre base (CRM, table de contacts), ajoutez une case dédiée dans vos formulaires, gardez la preuve (date, but, version du texte) et, si possible, coupez ou anonymisez le suivi dans l’outil.

Puis segmentez vos envois pour n’activer le suivi marketing que pour les contacts qui ont dit oui, ou désactivez le pixel si l’outil n’offre aucun réglage fin.

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